Tu seras un homme papa
Il est 18h30, l’heure du crime alimentaire. Ce n’est pas l’heure du repas, mais le corps a faim. Ou alors je m’ennuie. Dans tous les cas, il y a un vide à combler. L’attente est insupportable. La porte du placard entrouverte me regarde avec son œil de biscuit au chocolat, mais mon fils est sur le chemin, et je ne peux décemment pas briser la règle de “les biscuits c’est pour le goûter”. Donner l’exemple : comment être un homme dans ce monde de tentations.
Déjà levé, sans m’en rendre compte, pour
contempler gravement les provisions. “Tu cherches quelque chose?” me demande ma
femme. Je ne réponds pas, puis j’annonce, comme s’il y avait un rapport “On a
besoin de papier toilette. Je descends à Super U”.
A partir de cet instant, tous les conflits
internes se sont éteints. Je ne suis désormais qu’une machine à tricher et à
manger.
“On en a plein, dans l’autre placard”
Ne te laisse pas faire.
“Oui mais il y a un nouveau variant Covid,
on sait jamais”.
Elle ne sait pas si je blague ou pas. Elle
a l’air un peu inquiète. Je suis à court d’arguments. J’ai une vision de moi-même,
un peu comme sur une carte Dixit, en train de semer des graines absurdes dans
le désert implacable de la logique et du bon sens.
Puis, un éclair: “Ah ok, mais il me faut
du café pour le boulot”. Bim! A l'intérieur, j'exulte, mais dehors je suis
nonchalant. Elle laisse tomber.
Chaussures. Escalier. Rue. Magasin.
Gâteaux. Café (je pense à tout!). Caisse. CB. Rue. Escalier. Et après que
fait-on?
On se goinfre, là dans la cage d’escalier,
jusqu’à ce que le ventre soit lourd et qu’on regrette un peu.
Allez, il faut remonter, on ne va pas
prendre racines. J’ai bien triché, et bien mangé. Je veux être un homme mais je
suis une bête.
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