BLONDEUR DE LIEU

Quand j'arrive en Sauveterre-de-Bearn, y'a plein de lanternes, aux teintes jaunâtres, misées, dans les rues, pour la fête de la blonde, sous toutes ses formes, les gens sont distraits, amnésiques, harmonieux, ardents, argentés jusqu'à l'or, et dorment peu, sous les peupliers, car ils ont peur des arbres, ainsi aucune de leur maison est en bois, toutes en pierres. Ils boivent des bières dans des troquets, des bières aromatisées de lierres. Ils prennent garde de bien boire, et ne parlent jamais sobrement, seule l'ivresse, les autorise à parler vraiment, sinon ils sont laconiques, comme des gendarmes en mission. Y'a aussi nombre de pissotières qui font la renommée du lieu. Toutes colorées jaune pisse tantôt penchant vers le pissenlit, tantôt penchant, vers le jaune d’œuf. Rien n'est neuf ici, car tout s'use vite dans ce pays mordu d'alcooliques ravis. On danse au son d'accordéons rancis, dont les faux accords, s'accordent aux corps bringuebalants, dormant debout dans les bouges rupestres et frustes.

Les gens sont lourds comme des roches, pensifs comme des vieux, méditant leur sort, stoïques comme des briques.

Les gens sont rougeauds facilement, ils hurlent gaiement le soir venu, comme des loups. Lieu abandonné, par la modernité, les gens s’accommodent de cette érosion démographique, où les cerveaux au fil des âges blondissent. Sauveterre-de-Bearn est une fête blonde.

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