Passez ! Il n'y a rien à voir.

Assise sur mon fauteuil côté fenêtre, je m'embête. Je passe ma main sur le velours râpé des vieux wagons aux couleurs surannées. Je balaye du regard le compartiment : Vide totale des banquettes où personne ne s'arrête. Visiblement, j'ai choisi le compartiment "passez il n'y a rien à voir". 

Je soupire d'ennui, la tête posée sur ma main, mon coude posé sur l'arête de la fenêtre, ma jambe droite croisée sur ma jambe gauche. Je ferme les yeux. Un temps. C'est calme puis un bruit de départ m'interpelle. Enfin, le train se met en marche. Oh, j'ai un peu le vertige, les images défilent à une vitesse !  Je suis plongée dans les forêts de sapins, un écureuil qui descend la cime d'un if tout vif. Oh les dunes d'Afrique ! Et ses antilopes aux courtes cornes. Un cheval surgit de nulle part, chevauché par un cavalier sombre et dramatique. Il fait place à une plage de sable fin et aux eaux turquoises des Caraïbes, une raie Manta se faufile sur le bord. Et c'est une montagne enneigée qui apparaît, avec des vaches qui mugissent. Elles ont les yeux humides, plein d'une émotion indescriptible, et pour couronner le tout, la muraille de Chine s'impose jouxtant le Taj Mahal, lui-même flanqué d'un lot d'igloos d’Inuits de l'Arctique. Et puis le vide. Une gare. Je suis déjà arrivée ! C'est d'ailleurs surprenant tous ces paysages qui se sont succédés. Suis-je dans un train supersonique ? Un hyperloop ? Ou une fusée sur rail ? Je secoue la tête, je m'ébroue comme un chien sorti de son bain. Je rêve où.... Je... Je... Je reconnais cette gare ! Mais c'est ma gare de départ ? Je suis toujours à la gare !?! Oh! Comme je suis stupide. C'est un train qui vient de passer, avec ses panneaux publicitaires d'agence de voyage et je n'ai pas bougé d'un pouce! Une sirène siffle. Le train va partir, fermer les portes ! 

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