Au comptoir

Elle pose sa tasse de café et regrette de s'être jetée sur les viennoiseries ce matin mais elle avait si faim. Elle sent son collant lui serrer la taille. L'odeur du café remonte à ses narines. L'envie d'un autre café, celui qu'elle a bu n'était pas assez sucré, elle en a encore l'amertume dans sa bouche ou serait-ce sa propre existence qui serait amère ? Un autre café et elle finira bien par noyer son chagrin. Elle se lève des fourmis ont envahi ses orteils. Elle est restée figée trop longtemps, la sidération peut-être. En rajustant discrètement son collant, elle se retourne brusquement. Une main a bougé dans le reflet du miroir, elle a cru qu'il était venu jusqu'ici. Elle se rappelle ce matin, la lueur passer à travers les volets et balayer l'oreiller vide là où il s'était couché la veille. Elle se souvient de l'odeur forte de sa transpiration qui flottait dans la chambre et au loin le cri des goélands. 

Elle se rend au comptoir. Une fois de plus, elle se retourne en sursautant. La silhouette en mouvement d'une plante verte. Elle est obsédée à l'idée qu'il réapparaisse comme il a disparu. Elle commande un autre café et reprend une corbeille de viennoiseries. Un habitué fait frotter ses feutres sur un papier et marmonne : Laissez-en pour les autres. Vous prenez tout! Elle prend tout ?  Est-ce cela qu'il lui reproche ? De ne pas en faire assez pour lui ? De ne pas lui laisser sa place ? C'est lui qui l'a laissée seule ce matin. Un homme sort du café, la porte s'ouvre. On entend le bruit de la route, une cloche tinter. Elle cherche dans son porte-monnaie, quand une main vient déposer un billet sur le comptoir. Sa main. Elle se retourne. Il la prend par la taille, l'enlace et leurs salives salées se mélangent. 

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