Et...
Le jour qui se lève, vient me lécher la joue et le coin de ma bouche. Le sourire du matin, au réveil, que c'est bon. Il a dû partir très tôt, je n'ai rien entendu. Quelle élégance !
Je n'arrive pas à m'extraire du lit, m'extirper de
ce cocon douillet comme hypnotisé par les odeurs de la nuit, encore présentes,
c'est au-dessus de mes forces.
La vibration insistante du téléphone va finir par
foutre en l'air ce flottement de l'après désir assouvi. Allez, encore un peu.
Inspirer-expirer et réarmer la gâchette, c'est cela.
Inspirer-expirer pour que les images de la veille ne se déforment pas. La
colère, le sentiment insupportable de me sentir piégé dans cette relation
remonte à la surface.
Respirer-expirer, jambes ballantes au bord du lit,
chaussons enfilés et puis la douche longue et chaude. Les parfums de la nuit,
doux et après à la fois s'évaporent sous la pression de l'eau.
Respirer-expirer laisser glisser les mains sur ma
peau, toucher, palper, masser, frotter. C'est cela, plus fort. Ce qui nous a
uni toutes ces dernières années est toujours là, passionnément, avec force.
C'est fou. Je le connais par cœur son besoin de moi, et la peur de le perdre me
bouffe. Je serre les dents, laisse chauffer, encore, encore jusqu'à la brûlure.
Combien de temps je peux tenir, 10, 20,30 secondes. Arrête tes conneries, sors
de cette douche, habille-toi, regarde les choses en face et sors.
Je sens la porte d'entrée de l'hôtel gelée sous mes
doigts. Le col de ma veste est trop étroit pour ne pas laisser s'engouffrer la
fraicheur du matin. Cela nous ressemble vraiment, c'en est risible. Un soleil
qui me fait cligner les yeux mais qui ne réchauffe plus assez et un vent
sournois qu'il faut affronter. Mains gantés de cuir, chapeau enfoncé, je
remonte la rue qui me sépare de lui. Les pavés résonnent, j'accélère le rythme.
Respirer-expirer-marcher plus vite, sans courir,
sans s'essouffler. Sonner à la porte pour prévenir et entrer-sentir l'odeur de
cire de l'escalier mêlée à celle du tabac froid, ramasser la bouteille, la
porter aux lèvres et recracher son acidité.
Respirer-expirer-monter quatre à quatre les marches,
le rejoindre dans sa chambre, embrasser sa main, sa joue creusée et rêche.
M'approcher, prés, tout près, si près que mon haleine lui souffle ma peine, ma
colère, mes doutes.
Inspirer-expirer- Tu m'entends ? C'est terminé.
Je serais toujours là pour toi, je veux vivre encore et encore ce qui reste de
nous mais je veux aussi, respirer sans toi. Avec et sans toi, voilà c'est cela.
Les volets mal fermés de la chambre claquent avec
violence.
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