Le condor voit, sent, écoute la voix du ciel

Depuis un sacré bout de temps, comme un caillou posé sur les branches noires, calcinées, je dormais. A l’aube, lentement, j’ouvrais les yeux entre ce noir arborescent et la nuit du ciel encore étoilé.

C’était sur ce reste d’arbre mort que je passais une partie de ma vie en pointillés. Je l’appelais : l’arbre à poison !!

Ce matin d’automne, assez frais, je fus réveillé par un bruit strident, le cri des goélands qui se rapprochaient de la côte, vers les rochers foncés. Ces blocs de granit noir ceinturaient les salines, tout près de mon olivier multiséculaire agressé, martyrisé, brûlé par la folie de certains humains, sans conscience. Même presque mort, je voyais bien que l’arbre supportait la vie, la mienne et toutes celles approchant pour un court instant ou pour un moment long comme l’éternité.

C’est en m’étirant que j’ai vu cet éclat de lumière, intermittent, renvoyé par un miroir échoué dans les rochers, tout près. Intrigué, je me suis approché et j’ai vu ce morceau de miroir collé sur un morceau de planche pointue comme une flèche qui faisait deux fois ma taille sur une vingtaine de centimètres de large. Il y avait écrit une citation tronquée à son commencement, à cause de la cassure de la planche : ...s’élever au-dessus de tout et de tous...C’est ça vivre !! ». Cette phrase m’a rappelé cette jeune fille qui faisait vibrer des papillons dans mon cœur lorsque j’avais suivi les goélands vers la tour de la falaise qui se trouvait à la pointe nord du golfe.

Je me souviens de cette beauté et de son regard qui portait au loin, vers le sud. Il cherchait quelque chose. Cela m’avait bouleversé et figé sur ce mur de pierres blanches, haut de plusieurs mètres, à une dizaine de mètres de cette beauté aux yeux brillants. Son regard était un peu perdu, vers le rêve d’un ailleurs. En regardant la planche miroir coincée dans la roche noire, j’ai senti une force attractive, un appel vers l’envol en direction de la tour. Là, où je retrouverai ce bijou de femme rêveuse, m’appelait la main du destin.

Je faisais des allers retours entre la planche dans les rochers et la plage de sable rose. Je me parlais à voix haute pour me donner l’élan de la volonté. C’était décidé !! je m’envolais vers la belle princesse. Ce matin, elle était encore au même endroit que la dernière fois, au sommet de la tour. Elle me regardait fondre vers elle. Elle semblait m’attendre, sans peur. Elle reconnaissait mon ramage parmi tant d’autres. Elle me voyait comme son sauveur vers le chemin de la liberté.

Je vins me poser tout près de ses belles jambes galbées recouvertes d’un voile en tulle blanc. En levant mes yeux vers elle, j’osais lui dire en souriant, malgré ma salive salée et les fourmis envahissant ce que certains humains pourraient comparer à leurs orteils: « jolie demoiselle, saviez-vous que s’élever au-dessus de tout et de tous...C’est ça vivre ? » Après m’avoir écouté, un grand sourire illumina son visage, elle se mit sur mon dos entre mes deux grands ailes et me susurra : « envole moi vers le sud  là où se trouve de beaux arbres, là où je serai libre d’aimer la vie... » Le condor heureux   ...

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