Passion Toxique

La standardiste m'a reconnu et la chambre est la même que la dernière fois. Vue sur le jardin et la petite fontaine. La nuit commence à tomber. La lumière dans le salon d'en face. Je distingue à peine le crâne de la personne assise dos à la fenêtre. C'est un mec, c'est certain, je le sens. Il lit, il écrit, il téléphone ? Peu importe !

Je me suis enfui une fois de plus et il ne le sait pas. Il doit encore être là où je l'ai laissé, dans le salon. L'homme invisible, c'est moi. Et oui, Monsieur est trop absorbé par son appétit des mondanités. Méfiez-vous de lui, c'est un vampire aux airs de chien battu.

Je l'ai toujours su. S'approcher de lui était une folie. Je me croyais très fort...Très fort pour deux...Avoir su déceler sa fragilité, ses fêlures me faisait croire que je pouvais me protéger de ce prédateur, que j'avais un temps d'avance sur lui.

Ce soir, j'en peux plus, ça craque de partout, sous mon crâne, dans mes mâchoires. Mes doigts sont raides et froids, impossible de bouger, de penser.

Lui, il doit noyer son ennui et son indifférence dans l'alcool, chacun son trip.

La télévision s'allume s'éteint, je suis mal, j'étouffe. Abandonner l'intensité de notre alchimie est insupportable, c'est comme se jeter dans le vide.

S'accrocher, faire rupture, couper court aux idées morbides, destructrices qui me traversent.

L'homme d'en face -c'est bien un mec - s'est levé. Il est grand, mince, d'un geste élégant, il vient fermer le rideau. Je suis touché, c'est comme une main sur mon épaule, douce, réconfortante. Rien à voir avec du désir, juste une porte qui s'ouvre.... C'était qui le dernier garçon qui m'a fait vibrer, c'était comment, son parfum ?

Voilà, c'est vital, il faut que je trouve un partenaire d'un soir. Me laisser envahir par la peur, l'intrigue ou tout simplement la magie de l'inconnu, d'un grain de peau, d'odeurs dont je ne sais rien, de moiteurs, de morsures, de vibrations nouvelles aussi.

Baiser, baiser quelques heures jusqu'au bord de l'évanouissement, parce ce que ‘sans projection aucune’, ‘sans peut-être’. Se quitter sans avoir à se préoccuper de l'autre. Rester avec le cadeau de l'instant et fermer doucement la porte.

Oui... Où est mon téléphone, c'est quoi le site déjà ?

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