Platane amoureux

Quand je vois ce platane tranquille sur cette place ensoleillée, j'ai envie de me fondre dans sa ramure apaisante et devenir platane. Quel plus beau réconfort que celui d'un ami qui ne juge rien et qui est juste là, de toutes ses racines, de toutes ses branches, élancé vers le ciel, sans autre demande ni attente. J'aimerais que ce platane soit ma famille, mon refuge, mon confident sans oreilles, qui peut tout entendre parce qu'il ne raisonne ni ne juge. Oui j'ai trahi aux yeux des hommes...que veut dire trahir pour un arbre ? Probablement rien. Est-ce que l'arbre connaît la trahison ? Il se connaît lui-même comme étant ce qu'il est, une créature vivante issue d'une toute petite graine et qui a forcé les aridités du sol pour se déployer puisque là est sa seule vérité, son objet sans objet...Rien que de le contempler en énonçant tous ses mots me ramène à l'essentiel, l'essence du ciel...

Quand je vois ce couple enlacé sur le banc, près du platane, je me rappelle à ma propre histoire, celle d'un pauvre soi-disant héros qui, sauvé par sa belle, l'abandonne aussi sèchement qu'on abandonne un chien sur le bord de la route. Cela est un aspect de l'histoire que chacun peut se raconter de l'extérieur, témoin oculaire ou témoin du témoin qui a entendu ou vu quelque chose à propos de cette histoire. Mais qu'en est-il du cœur et de l'intimité de ce que je me raconte à moi-même ? Tandis que le couple s'embrasse amoureusement, je me sens étrangement apaisé par ces baisers que je n'ai pas pu donner à cette femme qui a pris mon cœur le temps d'un naufrage. Ma belle Ariane, regarde comme nous nous embrassons en miroir de ces deux tourtereaux. Nous nous embrassons dans l'infini, à cet endroit précis où nous ne nous quittons pas. J'ai défait par ma volte-face un marché conclu qui me répugnait tant que je ne pouvais m'y résoudre. J'ai résolu le dilemme par la fuite pour mieux nous sauver du désastre. C'est ce que me raconte mon cœur et je n'ai su y résister...Nous nous le pardonnerons plus tard, quand le ciel sera bleu à nouveau et le soleil ardent en nos intérieurs meurtris...En attendant, je contemple la vie et m'y abandonne avec délice et sans malice, puisses-tu m'y rejoindre par une pensée, un battement de cœur, une seconde d'éternité.

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