Tapis en poils de chapeau
Quand je vois ce tapis en poils de chameau, j’ai envie de fuir. Je me rappelle ma vie avec toi, ma Cléopâtre. Je suis seul aujourd’hui dans ce qui fut notre nid d’amour, envahi de tristesse et de rancœur devant ce chatouillant témoin devenu insupportable.
Mais
alors, pourquoi es-tu soudainement partie alors que la veille nous nous disions
nos amours ? Qu’ai-je donc fait pour avoir mérité cette trahison ? Où t’es-tu
barrée ? Tu es retournée chez ta mère ? Ah ! J’imagine la
belle-doche s’écriant : « il a encore oublié son lait d’ânesse ! »
Oui,
j’aurais dû être plus attentif, t’entourer davantage, souscrire à tous tes
caprices, te rouler dans une moquette de haute laine.
Tu étais
ma conquête suprême ravie à tous tes jules. Tu étais mienne jusqu’à cet instant.
Nous menions une vie d’amour, de complicité et de confiance. Tu m’avais attiré
par ton impétuosité, ton audace. Je n’avais pu résister : tes charmes
m’avaient conquis. Quelle entente merveilleuse dans nos corps enlacés sur ce
tapis râpeux. Qu’importent les gratouilles, la volupté de l’instant restait
inoubliable.
Ma Cléo,
que je t’ai adorée !
Mais quel
idiot je fais ! Je n’avais jusqu’à maintenant pas décelé la perfidie de ta personnalité.
L’amour m’a mis un bandeau sur les yeux et sur les sentiments de mon cœur.
Aujourd’hui,
un abîme de colère et d’amertume fait suite à ces heures sublimes. La prudence m’amènera
désormais à être plus clairvoyant avec mes relations féminines.
Cléo :
tu n’es pas une nana—tu es un miroir aux alouettes.
Cléo :
tu n’es plus la reine de mon cœur — tu peux rester chez ta mère.
Demain :
je me débarrasserai du tapis…
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