Vanité

Ce jour d’Armistice, je m’en souviendrai longtemps.

C’est après avoir tourné deux fois la clé et ouvert la porte de la chambre "303" que j’ai vu le magnifique décor.  Solaire, il s’offrait à mon regard.

 

La ligne d’horizon parfaitement parallèle à quelques centimètres au-dessus de la rambarde du balcon, le ciel azur sans nuage, la mer d’un bleu turquoise sertissant les petites plages de sable rose et blanc, ressemblent à un magnifique tableau offert par Dame nature. Cette vue me procure un grand soulagement, après cette fin de matinée oppressante.

Je fuis, un jour d’Armistice.

Pourquoi m’enfuir ?

Pourquoi pas ? Je souris, presque libérée.

 

Soudain, lorsque mon regard se porte sur le mur blanc, vers la gauche, au-dessus du grand lit, je vois cette imitation d’un tableau célèbre du XVII siècle: "Vanité" de Philippe de Champaigne. 

Ma fuite est stoppée net, le temps d’un regard tourneboulé. 

Je me rappelle d’un tableau identique dans lequel figuraient une tulipe dans un soliflore, un crâne et un sablier posés sur une table devant un fond noir comme la fin d’un temps.

Il y a deux ans, pendant la course des 24 heures du Mans, j’avais passé plus d’une heure dans ce Musée de la ville, et devant cette œuvre.

Cette peinture appelée "Vanité" par l’artiste avait intrigué la passante que j’étais.

Certes, l’identité n’est pas essentielle, nous sommes des passants avec si peu de mémoire. 

Pourtant, cette œuvre accrochée sur le mur de la chambre « m’accroche » une seconde fois !!

 

Bouleversée par ce rapport entre la fleur et le temps qui passe, je n’ai cessé de penser, pendant des mois, à cette vision crépusculaire, jusqu’à cet instant d’intense résonance qui me ramenait à René et au temps qui file.


Malgré son argent, je savais que René avec son âge pourrait partir de ce monde avant moi.

Le sablier, le crâne et la tulipe obsèdent mon esprit, depuis cette visite au Musée.

J’ai fui, aujourd’hui, parce que je n’aurais pas supporté de faire semblant devant le monde, sans lui.

La peur du temps et de son empreinte marquante comme une cicatrice indélébile ?

La perte de l’homme et de son argent ruisselant comme amour?

Le jugement et le regard de la société sur moi ?

Plusieurs raisons s’entrechoquent, en moi.

 

Mon rapport à l’amour avec René était, en partie, basé sur son argent et sa générosité « sonnante et trébuchante ». 

L’argent donné avec générosité et assurance effaçait la différence d’âge. 

Nous le savions tous deux, sans nous l’avouer pendant toutes ces années passées ensemble.

 

Ma fuite causée par la peur de perdre René et tout ce qui pouvait nous lier ?

Peut-être ? Peut-être pas ?

 

Désormais, quoi qu’il puisse arriver, une chose reste sûre : avec le tableau "Vanité" je me sentirai tulipe, avec ou sans soliflore, en pensant à René.

 

Son argent me comblait, beaucoup, je le savais.

Mais son amour, sa générosité ne m’apportaient pas le grand amour que je trouvais ailleurs.


Le grand amour, comme la vérité, était ailleurs. Il se trouvait sur scène, devant des milliers d’amoureux saisis par ma voix et mes chansons offertes avec grand cœur dans l’invisible réalité.

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