Carole

 Ce jour-là, en bas du passage public, je dis à voix basse lorsque je l'ai vue apparaître en haut des escaliers, à contre-jour :

-Carole, Carole !!

La silhouette noire découpée finement, par la puissante lumière qui entourait cette forme féminine, me rappelait celle que j'appelais mon virus d'amour : Carole.

Ce poison aimé, je l'ai rencontré par le plus grand des hasards dans la cité qui rêve.

Cette ville m'a pris à l'âme et attiré près de son cœur, il y a plusieurs années.

C'est dans le cœur de ville que j'ai décidé d'ouvrir ce petit tiers lieu qui faisait voyager les livres.

Dès le premier pas, ma conscience nue m'a fortement poussé à remplir cet endroit de milliers de livres.

J'ai vécu au milieu de cette folle humanité glissée, cachée entre les pages, les couvertures de tous ces livres m'entourant, me rassurant, m'accompagnant.

La première fois que je l'ai vue, elle s'est approchée de l'étagère la plus proche de l'entrée.

J'étais en train de ranger les livres. Je n'ai vu que la brillance de son regard lors de cette première rencontre.

Comme chargés de lumière solaire, ses yeux marrons étoilés de tâches vertes m'ont percé, ébranlé avec ce regard laser.

J'ai reçu ce coup de foudre sans sentir ce virus d'amour. Un poison passé par ces premières paroles étonnantes, presque invitantes :

-Bonjour, êtes-vous Pierre, celui qui aime les gens qui lisent et emportent vos livres ?

Dans le quartier, j'étais connu pour ce que je faisais pour faire aimer la lecture.

Carole est revenue le lendemain et les jours suivants pour voir, lire les livres et me parler, jusqu'à cet instant où son poison avait fini de me véroler.

La maladie d'amour, j'ai connu avec elle. J'étais un peu con, trop peut-être, animé d'un fol amour.

Un jour, pourtant, mon fou désir d'aimer s'est envolé avec Carole, disparue.

Ici, dans quelques minutes, lorsque le crépuscule viendra, sa silhouette noire dans la lumière qui l'entoure, comme par magie, brillera vers moi, je serai fasciné, encore empoisonné par cet amour qui m'avait métamorphosé pendant cette période où presque tout le monde ne pensait COVID.

Jour et nuit, à chaque millième de seconde, je ne pensais qu'à Carole.

C'était pire qu'une banale dépendance, j'étais malade d'amour pour celle qui aimait me lire les livres à voix haute.

Elle était là, tout en haut des marches.

Elle était revenue. Pourquoi ?

De toute évidence, je savais que nous allions partir ensemble, en pleine nuit, dans les bois avec l'autre truc qui siffle à mon oreille interne : ma conscience nue !!

Elle seule, cette conscience, si précieuse et aimante saurait me dire, m'apprendre pourquoi tout ce temps m'avait éloigné de ce virus d'amour qui aimait tant mon livre intérieur, véritable guérisseur des âmes perdues.

"Qui n'a pas connu l'absence, ne sait rien de l'amour"

Carole est revenue m'aimer, un dimanche 17 décembre 2002


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