Minuit dans les bois

Il est 22 h ce 31 décembre. Carole a froid. Elle a décidé, dans un coup de folie, d'aller passer la nuit de la Saint-Sylvestre, seule, dans la forêt. Un thérapeute New Age lui a assuré qu'il fallait qu'elle sorte de sa zone de confort pour aller contempler la conscience nue. Carole a pris le truc au pied de la lettre parce qu'elle croit vraiment que ça pourrait la sauver de cette souffrance mélancolique de fond qu'elle ressent depuis toutes ces années à chercher son Graal. Le thérapeute a été assez précis sur les consignes de la recette miraculeuse : « Lorsque le crépuscule viendra, tu prépareras la bouilloire d'eau bénite par mes soins, tu feras bouillir l'eau trois fois en comptant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre jusqu'à 777. Puis tu sortiras de ta cabane bien chauffée et tu iras parsemer la forêt de cette eau précieuse, surtout les branches de houx. Et aussi les fougères. N'oublie pas les fougères, c'est très important pour le processus de libération de tes chakras encrassés... »

Le soir venu, Carole applique les consignes de son Maître à penser. Elle fait tout bien comme il faut. Elle attend Minuit, ça ne fait pas partie de la consigne mais elle se permet cette petite incartade car un ange lui a dit que ça serait encore plus intense... et elle sort en pleine nuit dans les bois avec l'autre truc qui siffle, la bouilloire fumante qui crache d'épaisses volutes de vapeur bien épaisse, au contact de l'air glacial.

A peine couverte pour rendre le rituel plus exigeant, on sait jamais, Carole marche dans les bois sombres, sans trop savoir ce qu'elle fabrique. Elle ne se pose pas trop la question, de peur de rebrousser chemin illico.

Soudain, devant elle apparaît un cerf majestueux, sorti de nulle part. Et, ô miracle, il lui parle et elle le comprend. Carole jette des coups d’œil alentour, tellement surprise qu'elle se demande si elle ne rêve pas.

L'animal est entouré d'un halo de lumière blanchâtre, ce qui lui donne un aspect surnaturel qui n'est pas pour déplaire à Carole. « Peut-être que c'est la recette qui fonctionne. Mon Maître ne m'a pas précisé quels seraient les effets. Peut-être que mes chakras purifiés font apparaître ce cerf ? J'ai hâte de lui raconter tout ça.

« Chère amie des bois, je suis heureux de te rencontrer. Sais-tu que j'apparais uniquement aux humains qui ont le cœur pur ? » Le cerf a parlé d'une voix profonde et claire. Carole en est toute remuée. « si tu poursuis ton chemin sans appréhension et en toute confiance, tu rejoindras la cité qui rêve. C'est une cité très spéciale, dont les créateurs ont conçu un virus très spécial aussi. Un virus d'amour. Alors si tu entres dans cette cité, tu seras immédiatement inoculée par cet élixir qui fait fondre les cœurs les plus endurcis... »

Carole n'en demande pas moins. Quelle extraordinaire perspective ! Un virus d'amour.

Tout ce dont elle a toujours rêvé pour ce monde bizarre dans lequel elle ne se reconnaît pas du tout. Elle chantonne tout bas, bien qu'elle soit tout à fait seule à cette heure nocturne dans ces bois enchantés. « Virus d'amour, virus d'amour dure toute une vi-i-e.... »

 

Aussitôt lui apparaissent comme l'entrée d'une ville fortifiée, toute de cristal, scintillant de mille feux dorés et argentés...

L'histoire ne dit pas si Carole est sortie de cette cité magique invisible au commun des mortels. Mais quelle importance finalement ? Je vous laisse le soin de terminer cette fable à votre goût et selon votre imagination. Vous reprendrez bien un peu de ce virus ?

Santé et surtout Amour !

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