Frisson
Le soleil s'est levé ce matin mais la température est restée négative toute la journée. Pas de balade sur le sol gelé pour mon compagnon à 4 pattes, il déteste le froid. Par contre, impossible de rater le coucher de soleil sur le lac gelé, c'est si rare ici. Manteau et bonnet jetés sur la plage arrière au cas où, bien gardés par mon chien, nous voilà prêts à assister au plus beau spectacle de l'hiver. J'arrête la voiture face au lac et contemple la nature transformée, tordue, embellie par le gel. J'aperçois une jonquille qui a décidé d'ignorer
Monsieur
l'hiver, qui a osé affronter la rigueur du froid. Je sors très vite pour la
cueillir.
A l'instant
où je l'attrape, j'entends un clac, net, précis, sans appel. Mon chien vient de
s'installer sur le fauteuil passager, juste à l'endroit où j'avais posé mes
clés. Cerveau encore opérationnel, je réalise très vite qu'il n'y a aucune échappatoire
et que l'histoire s'arrête ici sauf si mon chien se décide à bouger et appui à
nouveau sur la clé. La chance est nulle. L'hiver est le nouveau metteur en
scène, je dois lui obéir, sans résistance inutile. Mon esprit s'engourdit et amplifie
à la fois le ressenti, le toucher absolu des griffes gelées, le tremblement
sous les gifles du vent glacé. Je ne peux qu'accepter, le vide, le silence du corps
prisonnier des morsures du froid. Mon corps est raide dedans et dehors et la
nuit que j'imagine déjà tarder à venir.
Je suis
hypnotisée, la surface du lac gelé brille comme un miroir. L'égocentrique hiver
s'y reflète à l'infini. Une branche casse sous le poids de la glace. Ce bruit
sec résonne dans mes entrailles sous emprise. Je me sens en sursis, il faut que
j'affronte cette mort imminente. Mon regard glisse sur le costume argenté de l'hiver.
Je cherche un endroit où l'eau n'est pas encore figée pour m'immerger jusqu'au
craquement de mes os brisés par la densité. Je plonge. Clac- la sécurité de la
voiture s'ouvre mais trop tard.
Ma pensée
anesthésiée ne comprend pas pourquoi le contact de l'eau est doux, tiède, épais.
Des odeurs nauséabondes réveillent mes sens. Je réalise enfin qu'à cet endroit,
le trou restera béant quels que soient les ardeurs de l'hiver, qu'il n'aura ici
aucune prise et que je suis sauvée.
Je peux
enfin me réchauffer, c'est une sortie d'égout.
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