La dresseuse et son dompteur
C’est ainsi que l’effroi gagna l’assemblée, petits et grands restèrent bouche bée. La dresseuse de chevaux venait de faire son apparition. Elle quittait les coulisses et se dirigeait d’un pas souple et alerte vers la porte de la cage. Alors que le dompteur de tigre faisait claquer son fouet pour maintenir le fauve à distance de lui, elle s’approcha à grandes enjambées, pour venir ouvrir la porte grillagée.
- Que
fais-tu inconsciente ? Recule, je t’en supplie !
Mais la
jeune femme fixant l’homme droit dans les yeux tourna lentement la poignée de
la porte. Son visage affichait une détermination et un calme olympien que nul
ne pouvait s’expliquer.
-Arrête-toi
malheureuse ! Veux-tu que nous y passions tous les deux ?
Les
spectateurs médusés pensaient assister à la plus fantastique des
représentations, mais c’est un drame qui se déroulait sous leurs yeux
incrédules. Petits et grands restèrent bouche bée devant l’horreur qui se
produisait à présent.
A l’instant
où la porte s’ouvrit le dompteur perdit tout contrôle. La bête avait senti que
quelque chose d’inhabituel venait de se produire. La voie était libre, mais
l’animal agacé et craintif au lieu de fuir, se mit à rugir de cris menaçants,
fendant l’air de ses énormes pattes. Le dompteur avait beau faire de grands
gestes, cravacher le sol, hurler de toutes ses forces, rien ne parvenait à
contenir la fureur du félin. Tout à coup, il fit un bon sur la frêle
jeune-femme qui s’effondra sous les griffes du tigre. Le vieux fauve avait
légèrement reculé, mais montrait encore ses crocs acérés en signe de supériorité.
Tout en
contenant quelque peu les assauts, le dompteur s’approcha de la moribonde. A
demie-inconsciente, la dresseuse lui souriait. « Nous voici ensemble pour
toujours » souffla-t-elle la bouche couverte de sang. Devant le regard
interrogateur et désespéré du jeune homme, elle rajouta dans un dernier
murmure. « La vie n’a pas pu nous réunir, mais la mort saura nous unir pour
l’éternité… Mon amour ».
Au moment où
elle achevait sa phrase, le vieux mâle farouche bondit, gueule grande ouverte,
et planta ses canines pointues dans la nuque de feu son maitre.
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