Pauvres Miches
Ce matin, en corps et encore, j'ai ressenti la puissance glaciale de ce " je ne sais quoi" offert par dame Nature. Aïe !! Aïe !! Aïe !!
Pendant un sacré bon moment, je
me suis caillé les miches au beau milieu d'une orgie de courants
d'air venus du grand nord.
Tout s’est passé après le
départ de Friday, et notre dispute absurde causée par un vulgaire câble de
téléphone. Je l’ai accompagné à sa voiture, et en revenant je devais me
retrouver piégé par le temps et ce vent glacial appelé mistral. J'ai résisté
une seconde fois, depuis le mois dernier, à ce vent froid mordant. Un froid
aussi pénétrant que les dents acérées d'un vampire assoiffé.
Comme la dernière fois, c'est
en revenant après avoir renoué et embrassé mon amoureuse que je me suis senti
mordu par cette créature invisible, à mes yeux.
Pénétré par son froid intense
jusqu'aux os, j’étais.
Enfermé dehors, devant la porte
du jardin entourée par la haie de berberis, haute et touffue, le vent m'a
violenté et tétanisé.
Je pourrais bien dire ça, sans
trop me tromper, vu mon état matutinal !!
J'ai ressenti ces coups de mistral comme des gifles et des morsures assénées
par un grand ours polaire.
J'étais secoué, par ce géant
imaginé poilu mais invisible , aussi fort à l'intérieur qu'à l'extérieur de ma
carcasse bloquée et gangassée comme dans un shaker. J'étais glaçon
"encarcassé" face à la porte du jardin d’entrée , prisonnier et vulnérable
face à ce vent inquisiteur.
Longtemps, tout mon corps a tressailli des petits orteils jusqu'à la racine de
mes cheveux.
Plus les minutes défilaient, plus je me figeais, me raidissait, transi, en
essayant de lever les yeux au ciel pour anticiper les coups de ce mistral
gagnant.
Je n’arrivais plus à penser.
J’étais quasi-congelé.
Ces dix minutes écoulées semblaient dix siècles, et je n'avais ni le droit
divin d'un roi, ni le don de Merlin l'enchanteur pour me sauver des griffes de
cet invisible envahisseur venu du grand nord. Il me soufflait dessus,
inlassablement. Je frissonnais entre ses courants d’air aux effets « Kiss
cool » et ses cris stridents qui m’assourdissaient.
Toutes sortes de bruits créés,
par ce géant au caractère venu de l’Arctique, me pilonnaient et captaient toute
mon attention. Il me réduisait au grand silence
Avec ses souffles et ses cris, le mistral gagnant, tel un viking géant, me
ramenait à la simple réalité : j'étais passé du statut d'humain à la goutte
d'eau devenant glaçon . Une poussière glacée.
C'est en pensant à la dureté
d'un bloc glacé que m'est apparue la lumière salvatrice.
Pour éviter de passer à l'état de stalagmite, je me décidais de passer à
travers la grande haie touffue avec la force et dureté d’un bloc de glace .
Je me devais de forcer le passage à travers le feuillage et les branches
épineuses pour rentrer à la maison. Je me suis souvenu avoir laissé la porte de
la cuisine entre ouverte.
La fumée du feu de cheminée que
j’avais allumé avant le départ de Friday, s’échappait par la cuisine.
Dans la haute haie, j’y suis
allé franco. Il me fallait franchir ce mur vert épais pour retrouver la
chaleur, le réconfort.
Après dix minutes de forcing, façon "Indiana Jones", je passais de
l'autre côté, libéré du grand froid.
Le froid, indifférent sur mon sort, commençait à s'éloigner de mon squelette.
Il ne pouvait plus me ceinturer. Je me sentais libéré de tous ces membres
acérés qui m'avaient fouetté pendant ces dix siècles ou dix minutes glaçantes,
grinçantes .
De par ma volonté de survivre, coûte que coûte, j'avais semé le mistral en
passant à travers le mur vert.
C'est en passant, grelottant, devant la porte du jardin que j'aperçus la clé
avec son cordon orange posée sur le haut du pilier.
J'ai souri jaune et orangé !!
"Quel idiot !! J'ai oublié de passer ma main sur le pilier pour récupérer
la clé".
Le froid aussi teigneux qu'un Pitt bull s'était régalé de mon étourderie.
Il faut dire que je n'avais pas
la force, ni le temps, tant j'étais con et gelé sous son emprise.
Malgré mon évasion, je n'étais pas au bout de mes surprises.
C'est une fois arrivé devant le miroir de la salle de bain que je me suis rendu
compte des coupures sur mon visage et dans le cou.
J'avais échappé au froid intense pour finir lacéré, défiguré par les épines
dures de la haie de berberis, dite de protection.
J'étais passé de l'enfer
glaçant dans la rue au purgatoire sanguinaire de la haie de berberis avant de
retrouver mon petit paradis près de l’âtre où viendrait me retrouver mon tendre
amour, partie contrariée, ce matin.
Elle découvrirait mes
déchirures sur le visage. Sans la prier, elle me passerait de la crème pour
m’apaiser.
Rien qu’en pensant au corps brûlant de Frida "Caliente", j’avais déjà
oublié mon terrible instant de grande solitude face à ce mistral glacial.
Mais, bien entendu, je me
devais de tout lui raconter car le temps, même glacial, ôte tout et le temps
donne tout.
Dimanche 21 janvier 2024, près
de la cheminée comme une bonne miche ...
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