Porte imaginaire

 Dimanche 3 septembre 2023, il est 18 heures 30.

Aujourd’hui, je me souviens bien de cette porte, et du jour mémorable quand j’ai décidé d’arrêter de semer, en vain, dans le désert.

Je suis le seul à connaître cette « porte » imaginaire que j’ai ouvert. Personne d’autre que le ciel et moi pouvait connaître cette invisible frontière entre les conflits et mon silence.

J'ai ralenti, puis me suis posé sur ce banc public à l’ombre d’un joli mûrier platane. J’ai vu cette ligne si fine au loin, parfaite, tirée comme un cheveu d’ange que j’imaginais s’étendre de chaque côté de l’horizon cadré par deux massives collines plongées dans la grande bleue.

Ce fil saillant qui séparait le ciel et la mer dans les mains de la terre m’a ancré fermement dans ma volonté d’agir, de prendre un autre chemin pour sortir du désert.

Semer dans le désert de ce piège mortel, c’en était fini, pour l’homme que j’étais. Un homme rompu et déterminé à lever les yeux vers l'UN, rêver face à l’incroyable mais vrai Univers.

Ce jour-là, à cette heure précise, je voyais le soleil continuer sa course descendante vers le fil d’ange. Il changeait de couleur au fil des minutes qui passaient avec l’approche de l’astre magnifique.

Le fil à la couleur « rouange » m’étonnait, m’attirait. Le soleil imprimait sa volonté dans cette partie du ciel qui frôlait la ligne d’horizon. Le ruban "rouange" scellait l’union entre tous. L’univers était bien présent dans mon songe éveillé.

Cette couleur mélangée du rouge, sang de la terre, et de l’orange, née de la fusion avec la couleur jaune or du soleil hypnotisait mon regard.

Je rêvais de ces racines aux couleurs chaudes venues de l’univers et s’envolant vers le ciel pour retourner à l’univers. Des racines aériennes dans le cercle des énergies qui tourneraient sans fin, pour l’éternité.

 

Les conflits du monde, des mondes, de l’un visible et de l’invisible pesaient et usaient ma coquille charnelle, au point de m’épuiser psychologiquement et physiquement.

Le silence devenu compagnon de route s’abstint le temps qu’il faudrait quand mon regard fixe, comme une fenêtre ouverte, laissa passer le fil de mes yeux. Un rayon qui s’envola vers l’horizon, où se trouvait le fil d’ange calé entre les éléments.

Mon fil de vue suivit l’ombre du vent qui emporta mon âme au plus loin de ma coquille corporelle.

Je savais que cette coquille avait écouté des millions de fois cette phrase que je prononçais depuis ma tendre enfance : « Je veux être un homme ».

Mon âme entendait les suppliques de mon corps, cette coquille, qui lui rappelait chaque fois :

« Et après, que fait-on ? »

-On verra bien. Ai-je envie de devenir homme ? Je ne sais pas.

-Comment ça, tu ne sais pas. Où est passée ta raison, chère âme

- Ma raison me montre mes racines par le chemin vers l’enfance. Mais, j’ai vieilli avec toi précieuse coquille d’amour.

-Une âme peut-elle vieillir ?

-Je ne sais pas ce que je trouverai derrière cette porte, mais je sais que le chemin continue derrière vers le magnifique univers qui brille dans sa nuit étoilée.

-Hum ! Hum !

-Il est 20 heures 30, depuis vingt minutes, je sens ce petit vent léger qui vient de me reposer dans ma coquille aimée et posée sagement immobile sur le banc public entouré de promeneurs à la tombée du jour.

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