Vengeance
Je vois rouge ! s’écria Jules prenant son miroir.
La face polie et lustrée de l’épaisse feuille d’argent lui révélait son
visage cramoisi. Il ne voyait que ses yeux exorbités et le rictus accentué de
sa bouche. Lui puissant et invincible, il se faisait cocufier par la femme
qu’il chérissait le plus !
Imaginer son épouse dans les bras de ce troufion lui était douloureux.
Il ne pouvait supporter l’idée des mains de ce pioupiou explorant
voluptueusement les courbes du corps de sa Cléo. L’enivrait-elle de son parfum
de myrrhe aux fragrances de cardamome et de cannelle ?
Trahi ! Il
était trahi deux fois !
Par sa Cléopâtre et ce vaurien de Marc-Antoine !
Lorsqu’il l’avait nommé proconsul, ce dernier ne lui avait-il pas promis
solennellement :
« Jules,
Empereur des Romains, je te jure fidélité jusqu’à la fin de mes jours » ?
Entendre ces paroles approfondissait la plaie de son cœur. Fidèle, oui,
pensait-il, mais de là à piquer ma femme…
Un goût amer remplissait sa bouche. Il s’agitait de plus en plus.
Bavant de fureur, au bord d’une de ses crises habituelles, il jeta violemment
son miroir par terre. Plus rien ne l’arrêterait. Il avait pris sa
décision : il se vengerait.
Il connaissait mieux que personne les tendances gourmandes de
Cléopâtre. Il lui fit livrer un panier de fruits où il avait instillé dans la chair
des figues quelques gouttes d’aconit et de belladone. Il savait qu’elle ne
pourrait s’empêcher de les gober, qu’elle allait les bouloter à pleines dents
et se goinfrer de leur pulpe.
Alea… jacta… est…
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